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L’Islam “tranquille” à l’Île Maurice

Jummah mosque Port-Louis

Les musulmans constituent 17 %1 de la population de la République de Maurice, d’après le dernier recensement de 2011. Ils sont quasiment tous descendants de migrants d’Asie du Sud. Le pays n’a pas de religion officielle, et sa constitution de 1968 reconnaît quatre communautés : les hindous, les musulmans, les sino-mauriciens et la population générale.

Brève histoire de l’Île

L’île Maurice a été découverte, semble-t-il, en 1547 par Péro de Mascarenhas, capitaine portugais, en même temps que les deux autres îles de l’archipel (Réunion et Rodrigues) qui en a gardé le nom de Mascareignes. Il l’avait d’abord dénommée Acerno ou Cerné. La première occupation date de 1598 et fut l’oeuvre de l’amiral hollandais Van Nek qui donna à l’île le nom de Mauritius en l’honneur du prince Maurice d’Orange. En 1640 fut créée une colonie hollandaise, laquelle fut abandonnée en 1712, quand les Hollandais souhaitèrent renforcer leur colonie du Cap.  Les Français établis à l’île de la Réunion y envoyèrent trois ans plus tard Dufresne, pour y porter des colons. Celui-ci lui donna le nom d’île de France lorsqu’il en prit possession (20 septembre) au nom du roi « en cas que ladite île ne fut point occupée par aucune puissance ». 

En 1735, le gouverneur Mahé, comte de La Bourdonnais, lui conféra une grande importance. Grâce à ses ports, elle devint la citadelle de la marine française dans l’Océan Indien, le point de ravitaillement des corsairesPierre Poivre  y introduisit dans les années 1750  la culture des épices des Moluques (cannelle, muscade, girofle, etc.). Puis les Anglais réussirent à s’en emparer après une longue lutte en décembre 1810. Ils se la firent céder en 1814. Les Anglais, qui l’ont gardée jusqu’à son indépendance en 1968 ont conservé sur l’île I’usage officiel de la langue française jusqu’en 1847, et il dominera encore longtemps dans la majorité de la population. Ajoutons que ce sera  sous la colonisation anglaise que l’esclavage a pris fin sur cette île que le roman de Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre a rendue si célèbre. 

Toutes ces vagues d’occupations ont amené des colons, esclaves, travailleurs, vendant d’Europe, d’Asie, d’Afrique. Cette mosaïque de peuple a forgé l’identité de l’Île au fil des siècles, et amené à cohabiter leurs diverses religions : hindouisme, catholicisme, bouddhisme, et l’Islam venue avec les nombreux travailleurs indiens musulmans venus lors de l’occupation britanniques.

Tout pour pratiquer son culte

L’identité religieuse prime sur les individus à l’Île Maurice, sur les 14 jours fériés, il faut compter les fêtes des différents cultes présents : les 2 Aïd, Noël, Diwali… Les musulmans sont essentiellement dans les villes, dont la capitale Port-Louis, et l’adhan résonnent dans les rues. D’après les Mauriciens que j’ai rencontré, on dénombre à peu près 400 000 musulmans sur l’Île pour une population de 1 265 000 d’habitants (nombre à vérifier). Ils sont majoritairement sunnite à 95 %. La nourriture halal est omniprésente, et les musulmans aiment partager avec les voisins un bon byriani lors des fêtes et ramadan. Le soleil se couche au maximum à 19 heures, ce qui est un avantage lors du mois de jeûne.

Jouissant d’une stabilité politique depuis son indépendance, les communautés cohabitent pacifiquement. Personne n’est inquiété pour ses convictions, une femme peut librement porter son voile, qui est sur l’Île plutôt un voile indien appelé horni. On peut aussi se baigner en burkini, cela va de soi.

Attention, cela ne veut pas dire qu’il n’y aurait pas de personnes hostiles à la religion musulmane, mais dans le contexte mauricien, ils ne peuvent s’exprimer comme en France et se cacher sous la laïcité, qui n’existe tout simplement pas ! Une institution communautariste complètement antinomique à la République française ! Les problèmes géopolitiques comme la situation du Cachemire ne sont (pour le moment) pas répercuté, car personne n’a envie de créer des troubles dans cette île au climat tropical, et au sable fin. Aussi, les musulmans indiens sont venus avant la création du Pakistan, et ne peuvent s’affilier et se reconnaître dans ce pays.

Bref, être musulman sur l’Île est la normalité. Cependant, il faudra toujours prendre en compte certaines spécificités : par exemple, les emplois de fonctionnaire sont réservés majoritairement aux hindouistes, qui sont la première ethnie religieuse. C’est pour cela qu’on aura essentiellement des musulmans commerçants, et dans le business.

Un Islam trop tranquille ?

Malgré les nombreuses mosquées, madrassas, et Mc Do halal, l’engouement à la religion musulmane ne fait le plein d’adeptes pratiquants. D’après ceux que j’ai rencontrés, autant ils étaient contents d’être de pouvoir vivre leur culte comme bon leur semble, mais étaient déçues de ne pas voir plus de compatriotes assidus dans les rites prescrits. Quand j’ai posé la question à savoir qu’elle était la raison, malgré ces facilités évidentes, on m’a répondu tout simplement : “l’attachement à la dounia.”

Effectivement, on ne peut nier qu’il y a un propension de Mauriciens non négligeable à faire la fête, boire de l’alcool, mettre de la musique à fond au bord de la plage, et certains, comme en France, veulent faire partie de cet amusement, au lieu de rester à attendre la prière.

L’imam de la mosquée de Mahebourg m’a carrément affirmé qu’on est plus pratiquant en Europe qu’à l’Île Maurice !

Islam tranquille vs Islam de lutte

Après avoir entendu certains muslims de l’Île, en pleine période sur la polémique sur le voile en France, avoir Zemmour, CNews, Zineb El Khazoui, et toute la clique de collabeurs, est, faut croire, une bénédiction pour la foi. Toutes les polémiques, que nous relayons sans cesse sur les réseaux sociaux, nous retranchent dans ce que nous considérons ce qui est censé être le plus important à notre âme. Cela permet aussi de faire le tri, entre ceux qui sont ferme dans le Tawhid, (et Allah sait que j’ai encore du chemin), et ceux qui vendent à vil prix pour notre belle et noble religion, voulant un Islam républicain laïque, qui n’ a de sens que chez certains pseudo-intellectuels musulmans, essayant de manier le verbe pour diffuser de l’ignorance. Pour autant, la frontière entre la lutte et le syndrome de Stockholm devient de plus en plus mince en France. Doit-on devenir des Ouïghours pour 5 semaines de congés payés et une mutuelle ?

Terre de hijra ?

Je n’ai pas les compétences religieuses pour dire que c’est une hijra sur l’Île, mais autant être clair : nous ne sommes pas dans un pays musulman, et les majoritaires restent les Hindouistes, ils ont indirectement le pouvoir sur l’Île du fait que les partis politiques “draguent” la majorité. Vouloir la sharia par les urnes sera quasiment mission impossible. Ceux qui veulent imposer les Lois d’Allah, et qui veulent un émirat sur l’Île Maurice restent marginaux. On se rapprochera plus d’un Islam à l’anglaise, comme à Birmingham par exemple, avec un ancrage historique, et institutionnel.

Shiva au centre de l’Île

Il ne fait cependant aucun doute qu’on vivra mieux sa religion qu’en France, surtout que la situation ne fait que se dégrader dans la République française.

Avec le télétravail, les business automatisés, et ceux qui ont des compétences à faire valoir, il y a de plus en plus de possibilité de migrer dans divers pays, c’est assez paradoxale de voir le nombre d’expatriés sur l’Île Maurice, ou ailleurs, et de voir des musulmans vouloir absolument être plus français que français chantant les louanges de la laïcité.

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